
Le Jardin Majorelle de Marrakech suscite des débats passionnés parmi les visiteurs. Cette oasis botanique de moins d’un hectare divise autant qu’elle fascine, générant des avis contrastés sur son rapport qualité-prix et son intérêt touristique. Créé par l’artiste peintre Jacques Majorelle puis sauvé par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, ce jardin emblématique attire près d’un million de visiteurs annuellement. Entre végétation luxuriante, architecture Art déco et collections ethnographiques, cette destination incontournable mérite une analyse approfondie pour comprendre les enjeux qui entourent sa visite et son positionnement tarifaire dans le paysage touristique marocain.
Histoire et patrimoine architectural du jardin majorelle
Création par jacques majorelle et influences orientalistes (1924-1962)
L’histoire du Jardin Majorelle commence en 1924 lorsque Jacques Majorelle, peintre orientaliste français et fils de l’ébéniste Louis Majorelle, acquiert un terrain de 1,6 hectare en bordure de la médina de Marrakech. Fasciné par la lumière et les couleurs du Maroc, l’artiste transforme progressivement cette palmeraie sauvage appelée Bou Saf Saf en une véritable œuvre d’art paysager. Cette création s’inscrit dans le mouvement orientaliste de l’époque, où les artistes européens trouvaient en Orient une source d’inspiration artistique renouvelée.
La passion botanique de Jacques Majorelle se révèle exceptionnelle pour un peintre de cette période. Il enrichit constamment ses collections végétales en rapportant des spécimens rares de ses voyages ou en établissant des échanges avec d’autres collectionneurs internationaux. Cette démarche scientifique accompagne sa vision artistique, créant un laboratoire végétal unique où chaque espèce est choisie pour ses qualités esthétiques et botaniques. L’ambition de Majorelle était de créer un jardin si beau qu’il ferait « crever d’envie les anges du Paradis », selon ses propres termes.
L’ouverture au public dès 1947 témoigne de la volonté de l’artiste de partager sa création, mais aussi de la nécessité financière de rentabiliser les investissements considérables engagés. Les coûts d’entretien et d’extension du domaine, qui atteint près de 4 hectares, mettent l’artiste en difficulté économique. Cette situation préfigure les débats actuels sur la tarification du site et illustre la tension permanente entre préservation patrimoniale et viabilité économique.
Acquisition et restauration par yves saint laurent et pierre bergé
L’intervention providentielle d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé en 1980 sauve le jardin d’un projet immobilier destructeur. Après la disparition de Jacques Majorelle en 1962 et des années d’abandon, la végétation avait repris ses droits sur l’aménagement paysager originel. Le couple de collectionneurs entreprend alors une restauration minutieuse qui respecte l’esprit du créateur tout en apportant une vision contemporaine de la conservation patrimoniale.
Cette acquisition s’inscrit dans une démarche de mécénat culturel exemplaire, où la passion privée rejoint l’intérêt général. La transformation de l’ancien musée d’art islamique en musée berbère en 2011 illustre cette évolution vers une meilleure mise en valeur du patrimoine marocain authentique. L’Association Jardin Majorelle, créée en 2001, formalise cette mission
de conservation et permet de canaliser les revenus du site vers des actions plus larges de préservation culturelle et environnementale au Maroc. Les travaux menés depuis les années 1980 n’ont pas seulement restauré le jardin ; ils l’ont aussi réinterprété à la lumière des exigences contemporaines en matière de gestion des flux touristiques, de protection des espèces et de valorisation des cultures locales. La présence du mémorial dédié à Yves Saint Laurent, érigé après la dispersion de ses cendres dans le jardin en 2008, ajoute enfin une dimension mémorielle forte, transformant ce lieu en espace de recueillement autant que de contemplation esthétique.
Architecture berbère traditionnelle et villa art déco
Le Jardin Majorelle ne se résume pas à un simple jardin exotique ; il constitue un ensemble architectural cohérent où dialoguent plusieurs influences. La première demeure de Jacques Majorelle, d’inspiration arabo-mauresque, s’inscrivait déjà dans la tradition architecturale marocaine, avec ses volumes cubiques, ses enduits ocre et ses patios intérieurs. Cette base vernaculaire a ensuite été complétée par la célèbre villa-atelier Art déco conçue par l’architecte Paul Sinoir en 1931, véritable manifeste esthétique de l’époque moderniste.
Ce bâtiment, aujourd’hui occupé par le musée berbère, illustre la rencontre entre la rigueur géométrique de l’Art déco et les codes décoratifs du Maroc. Les lignes pures, les toits-terrasses et les ouvertures verticales rappellent les villas modernistes européennes, tandis que les moucharabiehs, les zelliges et les ferronneries s’inspirent directement de l’architecture traditionnelle. Ce jeu de contrastes confère au site une identité architecturale singulière, que l’on ne retrouve dans aucun autre jardin de Marrakech.
Les interventions d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont renforcé cette dualité harmonieuse. La villa Oasis, qui domine le jardin privé, reprend les volumes cubistes tout en les enveloppant de couleurs profondes et de végétation dense, créant un effet de cocon presque théâtral. On peut y lire une sorte de mise en scène architecturale, proche d’un décor de cinéma, où chaque façade, chaque perspective, est pensée comme un tableau. Pour qui s’intéresse à l’histoire de l’architecture au Maroc, la visite du Jardin Majorelle offre ainsi un condensé d’influences berbères, arabo-andalouses et modernistes.
Symbolisme du bleu majorelle dans l’aménagement paysager
Le fameux bleu Majorelle est sans doute l’élément le plus emblématique du jardin, au point d’être devenu une marque à part entière. Cette teinte outremer, tirant légèrement sur le violet, a été mise au point par Jacques Majorelle lui-même dans les années 1930. Il s’en sert pour recouvrir les façades de son atelier, les pergolas, les pots et certains éléments de mobilier extérieur, créant un fil conducteur visuel à travers tout l’espace paysager. Ce bleu intense, associé au jaune vif, au vert islamique et au rouge brique, compose une palette volontairement contrastée.
Au-delà de sa dimension esthétique, le bleu Majorelle possède une forte charge symbolique. Dans de nombreuses cultures méditerranéennes et maghrébines, le bleu est censé éloigner le mauvais œil et protéger les maisons. En l’appliquant à grande échelle dans son jardin, Majorelle en fait une sorte de talisman monumental, à la fois protecteur et hypnotique. Le contraste avec le vert profond des bambous, le gris des cactus et l’ocre de la terre de Marrakech est si saisissant qu’il donne parfois l’impression de se promener dans une toile vivante.
Ce choix chromatique répond également à des considérations climatiques et sensorielles. Sous le soleil éclatant de Marrakech, le bleu Majorelle absorbe et renvoie la lumière d’une manière très particulière, créant des zones de fraîcheur visuelle, presque comme des oasis pour les yeux. On pourrait comparer cet effet à celui d’une piscine au cœur du désert : il ne rafraîchit pas seulement le corps, mais aussi la perception. Pour beaucoup de visiteurs, c’est ce choc chromatique, plus encore que la botanique, qui fait du Jardin Majorelle une expérience mémorable.
Collections botaniques exceptionnelles et aménagement paysager
Cactées et plantes grasses : spécimens rares du monde entier
Le cœur botanique du Jardin Majorelle repose sur une impressionnante collection de cactées et de plantes grasses, constituée dès l’époque de Jacques Majorelle puis considérablement enrichie depuis les années 1980. Sur une surface relativement réduite, on trouve aujourd’hui plusieurs dizaines d’espèces de cactus, allant des grands cierges colonnaires aux opuntias en raquettes, en passant par des agaves sculpturaux. Cette densité donne le sentiment de traverser un concentré de déserts mexicains, américains et africains en quelques pas seulement.
Les spécialistes apprécieront particulièrement la présence de spécimens rares, comme certaines variétés de Ferocactus ou d’Echinocactus grusonii, reconnaissables à leur forme en coussin d’épines dorées. Pour le visiteur non initié, l’intérêt réside surtout dans la mise en scène très graphique de ces plantes grasses. Alignées le long des allées, groupées en massifs ou isolées dans de grands pots bleus, elles composent des tableaux presque abstraits, où les silhouettes épineuses se détachent sur les aplats colorés des murs et du sol.
On pourrait comparer cette collection de cactées à une bibliothèque d’architecture naturelle : chaque plante raconte une histoire d’adaptation au milieu aride, de stockage de l’eau, de protection contre les prédateurs. En observant de près les textures, les épines, les formes spiralées, vous découvrirez une diversité insoupçonnée. Pour une visite optimale, il est d’ailleurs conseillé de prendre le temps de s’arrêter à hauteur d’homme devant quelques sujets remarquables, plutôt que de se contenter d’une promenade rapide.
Palmiers dattiers phoenix canariensis et végétation tropicale
Autre composante majeure du Jardin Majorelle : la strate haute dominée par les palmiers. On y trouve notamment des Phoenix canariensis, souvent confondus avec les palmiers dattiers traditionnels, mais aussi des Washingtonia, des Chamaerops et d’autres espèces ornementales. Ces silhouettes élancées structurent le jardin en créant une verticalité qui contraste avec les volumes massifs des cactus. Leur rôle n’est pas seulement esthétique : ils fournissent une ombre indispensable pour abriter les espèces plus fragiles.
À leurs pieds, une végétation tropicale foisonnante vient compléter le tableau : bananiers, strelitzias, philodendrons, monstera, papyrus et bougainvilliers se mêlent dans une profusion contrôlée. Cet assemblage de plantes issues de climats humides ou sub-tropicaux étonne à Marrakech, ville plutôt associée aux paysages semi-désertiques. Pourtant, grâce à un système d’irrigation bien pensé, ce microclimat permet à ces essences de s’épanouir et de créer l’effet de jungle que recherchent de nombreux visiteurs.
On retrouve ici la volonté de Jacques Majorelle de composer un jardin-monde, réunissant sur quelques milliers de mètres carrés des plantes venues de tous les continents. Cette diversité, reprise et amplifiée par les paysagistes contemporains, fait du Jardin Majorelle un véritable conservatoire de végétation ornementale. Pour vous, visiteur, c’est l’occasion de reconnaître des plantes d’intérieur que l’on voit en pot en Europe, mais ici déployées à taille réelle en pleine terre, ce qui change radicalement la perception que l’on peut en avoir.
Bambouseraie géante bambusa oldhamii et essences asiatiques
L’une des séquences les plus marquantes de la visite est sans doute la bambouseraie, où des touffes impressionnantes de Bambusa oldhamii forment une véritable cathédrale végétale. Ces tiges droites, pouvant dépasser dix mètres de hauteur, créent un tunnel ombragé où la lumière filtre en verticales fines. Le bruit du vent dans les feuilles de bambou, combiné au chant des oiseaux, produit une atmosphère presque méditative, à mille lieues de l’animation de la médina toute proche.
Le choix de cette espèce asiatique n’est pas anodin : elle pousse rapidement, offre une densité visuelle forte et supporte relativement bien le climat de Marrakech lorsqu’elle est correctement arrosée. La bambouseraie constitue ainsi une transition sensorielle entre les zones de cactus plus arides et les massifs tropicaux. Elle renforce la sensation de voyage immobile que procure le Jardin Majorelle, comme si l’on passait en quelques pas des déserts américains aux forêts humides d’Asie.
Les essences asiatiques ne se limitent pas aux bambous. On observe également des nénuphars venus d’Asie dans certains bassins, ainsi que des variétés de lotus sacrés qui apportent une touche spirituelle supplémentaire. Pour les amateurs de photographie, cette zone est un terrain de jeu idéal : les lignes verticales des bambous, les ombres projetées sur les allées et les touches de bleu en arrière-plan offrent un cadre presque graphique. Prenez le temps d’y revenir en fin de visite ; la lumière y est souvent plus douce et les contrastes plus subtils.
Système d’irrigation traditionnel des seguias marocaines
Derrière cette luxuriance apparente se cache un système d’irrigation sophistiqué, largement inspiré des techniques traditionnelles marocaines. Le Jardin Majorelle s’appuie notamment sur le principe des seguia, ces canaux à ciel ouvert qui acheminent l’eau depuis les points de captage vers les jardins et les vergers. Ici, les seguias ont été intégrées de manière esthétique, serpentant entre les allées et alimentant les bassins, tout en assurant l’arrosage des massifs.
Ce dispositif s’inscrit dans la continuité des systèmes hydrauliques hérités des périodes almoravide et almohade, qui ont fait de Marrakech une ville pionnière en matière de gestion de l’eau. À Majorelle, l’eau joue un double rôle : fonctionnel, puisqu’elle permet de maintenir en vie des espèces parfois très gourmandes ; et symbolique, en créant des miroirs de réflexion, des points de fraîcheur auditive et visuelle. On comprend alors mieux pourquoi le bruit discret de l’eau qui coule accompagne presque toute la promenade.
Dans un contexte de tension croissante sur les ressources hydriques au Maroc, la question de l’arrosage d’un jardin aussi dense est légitime. Les gestionnaires du site mettent en avant des efforts d’optimisation, comme l’utilisation de systèmes goutte-à-goutte pour certaines zones, la récupération d’une partie des eaux d’arrosage et le remplacement progressif de certaines surfaces gazonnées par des graviers locaux. En tant que visiteur, il est intéressant d’observer ces canaux et ces bassins non seulement comme des éléments décoratifs, mais aussi comme la colonne vertébrale invisible qui permet au jardin d’exister.
Musée berbère et collections ethnographiques
Au cœur du Jardin Majorelle, le musée berbère occupe l’ancien atelier de peinture de Jacques Majorelle, entièrement réaménagé pour accueillir une collection ethnographique d’une rare richesse. Inauguré en 2011, il présente plus de 600 objets issus des différentes régions amazighes du Maroc, du Rif au Sahara. Loin d’être un simple complément anecdotique à la promenade botanique, ce musée offre une plongée structurée dans les cultures qui ont façonné le territoire où s’inscrit Marrakech.
Le parcours s’organise en plusieurs salles thématiques, consacrées notamment aux bijoux, aux costumes, aux armes et aux objets de la vie quotidienne. Les pièces exposées proviennent en grande partie des collections personnelles d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, qui ont acquis au fil des années des parures en argent ciselé, des fibules, des ceintures, des tapis et des poteries. La scénographie, volontairement contemporaine, joue sur des vitrines noires, des éclairages ciblés et des fonds colorés, mettant en valeur chaque objet comme une œuvre d’art à part entière.
Ce musée berbère a une double fonction : il corrige en partie le regard très européo-centré que l’on pourrait porter sur le jardin, et il restitue aux populations amazighes une visibilité symbolique forte dans l’un des sites les plus visités du Maroc. Pour le visiteur, c’est l’occasion de comprendre le sens des motifs géométriques, la fonction sociale des bijoux ou encore le rôle des couleurs dans les costumes traditionnels. On passe ainsi de la contemplation des formes végétales à celle des formes culturelles, dans une continuité surprenante.
Pour profiter pleinement de ce musée, il est recommandé de prévoir au moins 30 à 45 minutes de visite, en prenant le temps de lire les cartels et d’observer les détails. Les textes explicatifs, disponibles en français et en anglais, restent accessibles tout en apportant des informations précises sur les contextes d’usage. Si vous voyagez avec des enfants ou des adolescents, cette partie de la visite peut devenir un excellent support pour aborder l’histoire et la diversité des peuples du Maroc, au-delà des clichés touristiques habituels.
Expérience pratique de visite et recommandations
Tarification 2024 et réservation en ligne obligatoire
La question du prix d’entrée au Jardin Majorelle revient fréquemment dans les avis de visite, tant le site se situe au-dessus de la moyenne des tarifs pratiqués à Marrakech. En 2024, le billet plein tarif pour un adulte non résident s’élève à 170 dirhams (environ 16 €), incluant l’accès au Jardin Majorelle, au jardin privé de la villa Oasis et au Musée Pierre Bergé des arts berbères. Des tarifs réduits existent pour les résidents au Maroc (75 DH), les étudiants internationaux (95 DH) et les étudiants marocains (40 DH), tandis que l’entrée demeure gratuite pour les enfants de moins de 10 ans accompagnés.
Cette politique tarifaire reflète à la fois le coût de maintenance d’un jardin aussi sophistiqué et le positionnement assumé du site comme attraction premium, proche des standards des grands jardins et musées européens. Qu’on la juge justifiée ou excessive, elle impose de bien intégrer ce poste de dépense dans son budget de séjour à Marrakech. On notera toutefois que, rapporté au prix d’un dîner dans un restaurant touristique ou d’une excursion organisée, le billet reste dans une fourchette comparable.
Depuis la forte hausse de fréquentation ces dernières années, la réservation en ligne est devenue quasi obligatoire, voire imposée à certaines périodes. Le site officiel propose un système de billetterie par créneaux horaires, permettant de choisir une heure d’entrée précise. Concrètement, cela signifie que vous ne pouvez plus, ou très difficilement, vous présenter spontanément au guichet en fin de matinée en espérant entrer immédiatement. Il est donc fortement conseillé de réserver votre visite au moins quelques jours à l’avance, surtout en haute saison (vacances scolaires européennes, printemps et automne).
Meilleurs créneaux horaires pour éviter l’affluence touristique
Avec près d’un million de visiteurs par an, le Jardin Majorelle est l’un des lieux les plus fréquentés de Marrakech. Pour limiter la sensation d’être pris dans un flot continu de groupes, le choix du créneau horaire est déterminant. De manière générale, les premières heures d’ouverture, entre 8h30 et 10h, offrent une expérience de visite nettement plus sereine. La lumière du matin sublime en outre les couleurs, en particulier le bleu Majorelle, qui apparaît plus profond et moins écrasant qu’en plein midi.
En fin de journée, à partir de 16h30, l’affluence commence également à diminuer, même si les files d’attente à l’entrée peuvent rester importantes selon la saison. La lumière rasante du soir crée de beaux effets d’ombre dans la bambouseraie et sur les façades Art déco, très appréciés des photographes. En revanche, les heures centrales (11h-15h) concentrent la majorité des groupes et des excursions organisées, ce qui peut donner une impression de saturation, voire de visite au pas de course dans certaines allées.
Il est également utile de tenir compte du calendrier : les week-ends, les vacances de Noël, de février et de Pâques, ainsi que les longs week-ends européens, sont particulièrement chargés. Si votre séjour le permet, privilégiez une visite en semaine, hors périodes de pointe. Enfin, gardez en tête que le contrôle des billets à l’entrée est très strict sur les horaires : arriver avec 10 ou 15 minutes de retard sur votre créneau peut suffire à compliquer l’accès, comme en témoignent plusieurs retours d’expérience récents. Mieux vaut donc prévoir une marge de sécurité pour le trajet depuis votre hébergement.
Parcours photographique optimal dans les allées principales
Le Jardin Majorelle est devenu un spot photographique majeur sur les réseaux sociaux, ce qui influence fortement la manière dont beaucoup de visiteurs abordent la visite. Pour concilier plaisir des yeux et prise de vue efficace, il peut être utile de penser votre parcours comme un véritable itinéraire photographique. Dès l’entrée, la fontaine carrée bleue constitue un premier point fort : en vous plaçant légèrement de biais, vous pourrez intégrer à la fois l’eau, les pots colorés et une portion de la façade bleue en arrière-plan.
En poursuivant sur l’allée principale, les perspectives bordées de cactus et de palmiers offrent plusieurs cadres intéressants. Un bon conseil consiste à alterner plans larges et détails : photographiez par exemple l’ensemble d’une allée, puis rapprochez-vous d’un cactus pour capturer la texture de ses épines ou le dessin de ses aréoles. Dans la bambouseraie, jouez avec les lignes verticales et les silhouettes des visiteurs pour créer des images dynamiques, presque graphiques.
Autour de la villa Art déco et du musée berbère, les angles de vue ne manquent pas. L’une des compositions les plus efficaces consiste à saisir la façade bleue encadrée de palmiers, avec les escaliers ou les pergolas jaunes en premier plan. Pour limiter la présence d’autres visiteurs dans vos photos, patience et anticipation sont de mise : attendez quelques secondes qu’un groupe ait avancé, ou placez-vous légèrement en retrait sur une diagonale plutôt qu’au centre du passage. Enfin, n’oubliez pas que le Jardin Majorelle reste un lieu de visite culturelle : si la photographie fait partie du plaisir, elle ne doit pas empêcher de prendre le temps de simplement regarder.
Durée de visite recommandée et points d’observation stratégiques
La surface relativement modeste du Jardin Majorelle peut laisser croire qu’une demi-heure suffit pour en faire le tour. En pratique, si l’on souhaite vraiment profiter des lieux, une durée de 1h30 à 2h est plutôt recommandée. Ce temps permet de parcourir l’ensemble des allées, de faire une pause au café, de visiter le musée berbère et de revenir sur certains points de vue particulièrement appréciés. Une visite trop rapide risque en effet de renforcer l’impression, exprimée par certains visiteurs, d’un jardin « joli mais petit par rapport au prix ».
Parmi les points d’observation stratégiques, on peut citer la terrasse surélevée près de la villa, qui offre une vue plongeante sur les bassins et les alignements de cactus. Les bancs situés à l’ombre, notamment le long des seguias, constituent également de bons spots pour s’arrêter et observer le passage des visiteurs, la lumière qui évolue et les oiseaux qui se déplacent dans la canopée. Prendre dix minutes pour simplement s’asseoir, sans appareil photo, permet souvent de mieux ressentir l’atmosphère du lieu.
Si vous voyagez en famille, prévoyez quelques pauses supplémentaires, en particulier aux heures chaudes. Le jardin reste globalement accessible, y compris pour les personnes à mobilité réduite, même si certaines zones peuvent être plus étroites ou plus fréquentées. Pour les amateurs de botanique, il peut être intéressant de faire un premier tour d’ensemble, puis un second passage plus lent en se concentrant sur les espèces qui vous intriguent. En procédant ainsi, vous transformez une « simple visite » en véritable expérience, plus en adéquation avec le tarif demandé.
Analyse critique : points forts et limites du site touristique
Comme beaucoup de hauts lieux touristiques, le Jardin Majorelle cumule des qualités indéniables et des limites qu’il est utile de connaître avant la visite. Parmi les points forts, la cohérence esthétique du lieu, la richesse des collections végétales et ethnographiques, ainsi que la qualité de la restauration architecturale font consensus. Peu de jardins dans le monde parviennent à concentrer, sur une surface aussi réduite, un tel niveau de soin dans les détails, de mise en scène des perspectives et de dialogue entre nature, art et histoire.
Pour autant, le rapport qualité-prix suscite des débats vifs, notamment lorsqu’on compare le tarif d’entrée à celui des autres sites de Marrakech (palais de la Bahia, Musée de Marrakech, Medersa Ben Youssef, etc.). Le contraste peut sembler frappant : pourquoi payer trois ou quatre fois plus cher qu’un musée national pour une visite qui, objectivement, peut se boucler en moins d’une heure si l’on ne s’attarde pas ? Certains y voient une forme de « tarification à l’européenne » déconnectée du contexte local, voire un prolongement symbolique du passé colonial.
D’autres visiteurs, au contraire, estiment que le prix reste raisonnable au regard du budget global d’un séjour à Marrakech, surtout si l’on compare à des entrées de monuments ou de musées en Europe. Ils mettent en avant les coûts d’entretien d’un jardin aussi exigeant en eau, en main-d’œuvre et en restauration continue. On retrouve ici une tension classique entre ceux qui défendent une approche low-cost du voyage et ceux qui acceptent de payer davantage pour soutenir la conservation patrimoniale. En réalité, votre perception dépendra largement de vos priorités de voyage et de votre sensibilité à ces enjeux.
Un autre point de discussion concerne la foule et l’effet de massification touristique. Certains avis évoquent une impression de « parc d’attraction », avec des files d’attente importantes, un contrôle strict des horaires et une expérience parfois vécue comme trop formatée. Le comportement de certains visiteurs, davantage préoccupés par la recherche du selfie parfait que par la découverte du lieu, peut également altérer la perception globale. À l’inverse, en choisissant bien son créneau horaire et en acceptant cette dimension très touristique, il reste possible de vivre une visite apaisante, presque contemplative.
En définitive, le Jardin Majorelle n’est ni l’arnaque décrite par quelques voix très critiques, ni un sanctuaire intouchable au-dessus de toute discussion. C’est un site à la fois magnifique et coûteux, inspirant et très fréquenté, emblématique et parfois déroutant dans son positionnement tarifaire. Le meilleur conseil à donner est sans doute de l’aborder en connaissance de cause : si vous savez que la visite sera courte, chère au regard des standards marocains, mais riche sur le plan esthétique et culturel, vous aurez plus de chances de l’apprécier à sa juste mesure. Et si vous estimez que ce rapport temps/prix ne vous convient pas, mieux vaut l’assumer sans culpabilité : Marrakech offre de nombreux autres jardins, palais et musées à découvrir.